mercredi 5 mars 2014

Antoine Guilloppé - Illustrateur

_ Pouvez-vous vous présenter ?

Antoine Guilloppé, auteur et dessinateur de livres à destination de la jeunesse depuis 15 ans.

_ Pourquoi avoir choisi l'illustration jeunesse ? Qu'est ce qui a orienté ce choix ?

Après ma deuxième troisième je suis allé dans une école de graphisme pendant 3 ans, celle-ci m'a formé à la précision du trait, à l'amour du trait.
Ensuite, je suis allé 4 ans à l'école Émile Cohl de Lyon, là, j'ai appris le dessin plus académique.
Des heures et des heures à dessiner des corps, des visages, des objets avec toutes sortes de techniques
C'était très formateur sur ce point.
En entrant dans une école d'art, je voulais faire de la BD mais j'ai découvert l'illustration jeunesse qui m'a fasciné par sa diversité.
N'ayant certainement pas les compétences pour écrire seul un scénario de BD je me suis découvert une plume d'auteur pour raconter mes propres histoires au format de l'album jeunesse.
J'ai aimé cette idée de parler au lecteur novice. Les enfants ont la chance aujourd'hui de lire les images très tôt, ce qui m'a stimulé pour leur ouvrir un imaginaire où l'image serait faite de plongée, contre-plongée, gros plans, plans éloignés. C'est une vision un peu cinématographique mais l'objet livre permet d'avoir son propre rythme de lecture, sa musique intérieure.
J'essaie de faire appel à ces sens quand je crée un album.


_ Vos illustrations sont plutôt particulière, vous jouez énormément avec les contrastes, comment travaillez-vous ?

J'ai commencé mon travail d'ombres chinoises sur les couvertures de la collection Romans chez les éditons Thierry Magnier. Nous avions décidé de ne pratiquement jamais montrer le visage des protagonistes et comme il est délicat de ne réaliser des couvertures qu'avec des paysages ou des décors. J'ai souvent eu recours au travail de l'ombre. J'aimais bien l'idée de laisser au lecteur le choix des traits du visage des héros. L'imaginaire du lecteur est sollicité.J'aime ces contrastes forts, je n'y peux rien. J'ai travaillé longtemps à l'encre de Chine.Aujourd'hui je travaille au trait et je scanne mon dessin pour le noircir avec l'aide de l'ordinateur. J'y ai trouvé un confort de travail.J'aime le noir et blanc et je veux que les enfants sortent de ce qu'ils ont l'habitude de voir en littérature jeunesse.  Qu'ils soient surpris !




_ Si vous ne deviez retenir qu'une seule illustration de l'ensemble de votre travail, laquelle serait-ce ? Pourquoi ?

Question difficile! Peut-être une image issue du livre "Loup noir".
Elle regroupe deux idées qui me tiennent à cœur.
Le travail du mouvement (pour moi c'est un véritable travelling) et l'idée du travail de découpes (même si cette image ne l'est pas dans le livre, c'est elle qui a donné naissance, en 2003, à cette idée).



_ Vous utilisez un remarquable travail de découpe, comment cette idée vous est-elle venue ?
Comment l'avez-vous réalisé techniquement ?

Depuis 2003, je travaille les arbres à l'encre de Chine de cette manière.
En réalisant les illustrations de l'album "Loup noir" (éd. Casterman) j'avais déjà en tête l'espoir, qu'un jour, il soit possible de découper tous les espaces entre les branches. Mais comme j'étais concentré sur ma narration et mon dessin j'ai laissé de côté cette idée.
Par la suite j'ai continué à dessiner de cette manière la forêt, les branches et c'est en discutant, en 2009, avec la directrice éditoriale des éditions Gautier-Languereau que je lui ai fait part de cette vieille idée de découpes, que je voyais ailleurs mais pas avec la précision qui caractérise "Pleine lune". En lui montrant les dessins d'"Akiko la courageuse", elle m'a dit connaître un imprimeur qui, peut-être, pourrait arriver à cette précision. Elle a relevé le challenge, fait faire un essai sur un dessin. Le résultat était tellement bluffant que nous avons tout de suite décidé de réaliser un album ensemble. La découpe est faite au laser, il suit le contour de la forme à évider.

C'est à l'audace de Brigitte Leblanc et à ce nouveau laser que je dois la naissance de "Pleine lune".
Comme quoi, il faut toujours s'accrocher à ses rêves de créateur! Le jeu avec la lumière a été aussi formidable car quand le lecteur tourne la page, et suivant l'éclairage, il peut voir bouger les ombres portées sur la page du dessous. Je peux ajouter que "Plein soleil" suit le même parcours et bénéficie de l'expérience "Pleine lune". En feuilletant celui-ci j'ai tout de suite vu ce que j'aurais pu ajouter et quelles étaient les possibilités de cette mise en scène de papier. Une fois encore l'éditrice a été enthousiaste et m'a donné carte blanche. C'est un grand privilège d'avoir autant de liberté éditoriale.
 

_ Certains de vos livres se passent au japon ou en Afrique, qu'éveillent ses endroits pour vous ? Les avez-vous visiter ? 

Malheureusement non mais heureusement l'imagination permet de fantasmer des lieux ou bien des situations. C'est le propre de la création. Mais je voyage beaucoup pour m'inspirer mais je n'ai pas eu l'occasion d'aller dans ces pays.
Ces deux lieu sont très inspirants en terme de dessin. J'ai toujours aimé les estampes japonaises et l'Afrique, mon père y est né. C'est un continent qui me parle. Qui m'a toujours inspiré.

_ Quelles sont vos sources d'inspirations ? 

Mes principales influences ont été cinématographiques, le cinéma de Sergio Leone par exemple ou encore celui de Brian de Palma mais la liste est longue. En BD, Franquin, Hermann ou encore Frank Miller ont été décisifs par leur manière de cadrer une image de donner du sens à un dessin. Ils ont catégoriquement changé ma façon de voir mon travail mais je n'ai aucun souvenirs d'illustrateurs pour la jeunesse.J'ai longtemps été un gros cinéphage, c'est ce qui a formé mon œil à l'image, aux cadrages. 






 

_ Si vous deviez nommer 3 artistes que vous appréciez particulièrement, lesquels serait-ce ?

Spike Lee (cinéaste), Edward Hopper (peintre), Ryuichi Sakamoto (compositeur). Mais il y en a tant d'autres!

_Pouvez-vous nous parler de vos projets ?

Mon futur projet est un album qui se déroule à New-York. J'ai eu la chance d'aller vivre un mois  dans cette ville pour y travailler mon histoire.
C'est la première fois que je vais sur le lieu de mon histoire!







 

_ Quels conseils donneriez-vous aux personnes souhaitant se lancer  dans l'illustration jeunesse ?

Accrochez-vous! Ce métier d'indépendant a beaucoup d'avantages mais il y a un revers de la médaille. 
Montrez vos travaux à des professionnels. La critique est constructive (même si elle n'est pas toujours facile à avaler!).
Lancez-vous dans l'écriture pour dessiner vos sujets de prédilection. N'hésitez-pas! Il a fallu près de 10 ans pour que mon travail soit reconnu et par le milieu de l'édition jeunesse, les libraires, les bibliothécaires et le public. C'est mon expérience.!  Il y a des illustrateurs pour qui tout a été plus rapide mais quand bien même, c'est un métier de patience.




Une Interview un peu particulière aujourd'hui, mais qui me tient beaucoup à coeur, Antoine Guilloppé étant un de mes auteurs- illustrateurs jeunesse préféré =)
N'hésitez pas à vous procurer ses albums qui sont d'une véritable richesse et tous plus beau les uns que les autres !
Son Site



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