jeudi 6 décembre 2012

Jérome Bourgeois-créateur de jeu vidéo

 



Pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour à tous et toutes, je suis Jérôme Bourgeois, créateur de La quête de Bou –le bouclier magique. J’ai 26 ans et je suis graphiste professionnel. Pour préciser mon parcours, j’ai une licence en arts plastiques ainsi qu’un master en arts visuels spécialité multimédia. C’est-à-dire que je suis quelqu’un de polyvalent, capable dedessiner, peindre, réaliser des graphismes 2D/3D, faire des montages vidéos, de l’animation, de l’intégration pour sites internet... Il y a beaucoup de domaines que j’explore en fait, mais mes principaux atouts sont le dessin ainsi que l’écriture de scénarios.






 Pourquoi avoir rejoint le domaine du jeu vidéo ? Est-ce une passion ?

C’en est-une, effectivement ! D’un point de vue utilisateur, j’aime beaucoup jouer et à des jeux de style très
variés. J’ai grandi avec le jeu vidéo, connu plusieurs plateforme, de l’Amstrad CPC à la PS3 en passant par la
Megadrive et la Super Nes ainsi que bien d’autres consoles. Je ne détaillerai pas la liste des jeux qui m’ont
marqué, elle est assez longue, mais j’apprécie surtout les RPG ainsi que les jeux d’aventure.
Maintenant pourquoi avoir choisi ce domaine ? À vrai dire ce n’est pas un choix strict. Pour moi il s’agit avant
tout d’un média permettant de raconter une histoire, d’exprimer des émotions, et de capter un public. En ce sens, d’autres médias sont tout à fait adaptés comme le cinéma ou la bande dessinée. Mais ce qui m’intéresse dans le jeu, c’est l’interactivité, que le joueur ne soit pas passif. Ça amène tout un flot de réflexions nouvelles sur la manière de découper son histoire, et ça force à trouver des ficelles pour garder le public dans le récit. Ce sont des exercices très difficiles et qui apportent une richesse supplémentaire au processus de création. C’est ce genre de défi qui m’intéresse dans ce média. En dehors de cela, réaliser un jeu c’est aussi un rêve d’enfant que je souhaite accomplir. On peut dire que c’est un mélange de passion et d’intérêt intellectuel !



Envisagez-vous le jeu vidéo comme une nouvelle forme d’art ?

Absolument ! D’ailleurs le MoMa de New York (Museum of Modern Art, un musée d’art contemporain parmi les plus réputés au monde) vient d’intégrer 14 titres à sa collection permanente, avec plus tard la possibilité d’élargir cette sélection à 40 titres. J’en parle car c’est un pas que je trouve important pour la reconnaissance de ce média sur le plan artistique. Le jeu vidéo est trop souvent perçu comme un divertissement gamin ou nuisible, qui ne véhicule que violence et fait perdre le sens des réalités. Je n’exagère pas, c’est ce qui ressort dans les médias de masse et je trouve ce point de vue aberrant. En ce qui me concerne, j’estime que le jeu vidéo peut prétendre au titre d’art, ce qui ne veut pas dire que tout jeu est un chef d’oeuvre bien sûr. Maintenant je n’ai pas encore lu de bonnes recherches sur ce sujet car ceux qui écrivent dessus cherchent souvent à justifier cette position en le rapprochant d’autres formes artistiques. Il faudrait plutôt et en premier lieu le définir comme art par rapport à ses propres spécificités, par exemple le gameplay,                                                                                                                                                      le Level Design, l’interactivité, l’ergonomie, la manière   de                                                                                                                                                     s’adresser au public...
                                                                                                                                     Vous l’aurez compris, je pourrais débattre longuement sur le sujet,
                                                                                                                   aussi restons-en là pour le moment (mais ne fermons pas le débat pour autant).




Selon vous, qu’apporte le jeu vidéo par rapport au cinéma ?

Justement, quand je parlais de la justification du jeu vidéo en fonction des autres arts ! Cinéma et jeux vidéo, ce sont des domaines qu’on a facilement et trop souvent lié l’un à l’autre. En fait on a surtout lié le jeu vidéo au cinéma. Dans un sens ce n’est pas une erreur, il faut bien reconnaître que le jeu vidéo emprunte beaucoup au septième art, jusque dans son vocabulaire. L’inverse ? Pour être honnête je ne vois pas vraiment, mis à part des licences adaptées au grand écran (Resident Evil, Tomb Raider et consorts) ou des thèmes de film portant sur la vie virtuelle. Il faut bien comprendre que le cinéma et le jeu vidéo ne fonctionnent pas de la même manière, et les évolutions que ces deux médias ont connus ces dernières années dépendent plus, à mon avis, des progrès technologiques qu’autre chose : performances et accessibilités des PC, numérisation des données audios/vidéos, boom du secteur de l’imagerie 3D, etc. Je ne cherche pas à déplacer la question, mais d’une part je n’ai pas vraiment de réponse sur le sujet, et d’autre part il me semble qu’il faudrait prendre en compte d’autres paramètres pour bien y répondre.



Pouvez-vous présenter votre projet ?

Mon projet s’appelle La quête de bou -le bouclier magique-. C’est un jeu en scrolling horizontal 2D qui
mélange des phases de plateforme et des phases d’énigmes, un peu dans le style de Braid, Limbo ou
encore Rayman. Le joueur y contrôle une petite créature rebondie qui s’appelle Bou et qui va devoir
sauver les habitants de son village qui ont été kidnappés. Pour cette mission il y a un esprit protecteur,
l’esprit qui gardait le village, qui va lui confier une orbe contenant un mystérieux pouvoir, celui du bouclier.
Cela va lui permettre de surmonter tous les obstacles qui seront sur sa route et de délivrer tous ses amis.



Depuis combien de temps préparez-vous ce projet ?

Alors c’est un développement qui n’a pas été du tout en ligne droite. Historiquement, le projet je l’ai
commencé il y a un an, en novembre 2011. C’est-à-dire que j’avais l’idée de départ, le pitch, et j’avais
commencé à réaliser un petit prototype histoire de voir si c’était faisable ou non. Par la suite, j’ai repris
mes essais en deux occasions. Concrètement ça a été une première période de novembre 2011 à janvier 2012, ensuite je l’ai repris d’avril à juin, et une troisième fois de mi-août à octobre. Actuellement j’ai dû remettre le projet en suspens pour diverses raisons, mais je devrais me pencher dessus à nouveau à partir de la fin du mois.

Quelles sont vos sources d’inspirations ?

Eh bien elles sont assez nombreuses d’une certaine manière. Il y a beaucoup de jeux qui m’ont aidés à
concevoir La quête de Bou. D’un point de vue graphique, je pense immédiatement à Rayman et ses univers
décalés/colorés. Il y a aussi Kirby, Klonoa, Machinarium, Le professeur Layton... Pour ce qui est du système de jeu, la référence principale est Braid, qui mélange habilement plateformes et énigmes, avec un système
d’introduction de nouvelles compétences très intéressant. Il y a encore Rayman bien sûr, et d’autres jeux de
plateformes du même acabit.




Quel public visez-vous ?

Quand j’ai conçu le projet, j’ai cherché à toucher un public qui soit assez large, ce qui explique en partie la ligne esthétique du jeu et son scénario. Je souhaite que La quête de Bou soit accessible aux enfants et aux familles, mais aussi à un public plus âgé qui apprécie les jeux un peu casse-tête et qui propose du challenge. En dépit de son aspect casual gamer, il ne sera pas question de tenir le joueur par la main !

Quel type de gameplay privilégiez-vous ? Pourquoi ce choix ?

J’ai opté pour un mélange entre le jeu de plateforme et le jeu d’énigme, avec une touche de RPG au niveau de l’acquisition de nouvelles compétences pour le personnage. Ce sont des genres qui se marient bien et avec subtilité. Par ailleurs, dès le début la ligne graphique était de la 2D à scrolling horizontal, et dans ce type de représentation les différents codes de gameplay de ces styles sont tout à fait adaptés.





Avez-vous d’autres projets en cours ?

Oui en effet. C’est un problème d’une certaine manière, il y a toujours des idées qui viennent et sur lesquelles
je souhaiterai m’attarder ! Mais en ce moment je me focalise sur Bou et son univers. Outre La quête de Bou, je prépare en ce moment un mini-jeu qui se passerait dans le même univers et qui sera disponible avant le jeu principal. Ce sera une manière d’introduire les différents personnages et de familiariser le public avec cet univers. Sinon j’ai aussi un autre projet en cours qui n’a rien à voir, mais je n’en parle pas actuellement car nous sommes dans une phase de préparation.

Avez-vous un sponsor ou préférez-vous l’indépendance ?

Pour le moment je suis en totale indépendance, le projet étant encore à ses balutiements, et pour séduire un investisseur il faut de la matière. J’ai d’ailleurs eu un entretien avec un éditeur qui m’en faisait justement la remarque, c’est aussi pour cette raison que je développe un mini-jeu à côté. Il faut faire ses preuves, et avoir un bon dossier ! Après je ne sais pas comment ça se passera par la suite, est-ce que ce sera financé un jour par une boîte, voire via un projet kickstarter, ou est-ce que je continuerai par mes propres moyens. Dans tous les cas, c’est un projet qui sera mené à terme !




Quels conseils donneriez-vous aux personnes souhaitant se lancer dans la création de leur propre jeu vidéo ?

En premier lieu, de s’accrocher car ça demande beaucoup de travail, beaucoup d’investissement,
particulièrement quand on commence seul. C’est un domaine qui demande des compétences variées et ce n’est pas simple de se trouver sur tous les fronts, il y a beaucoup à apprendre ! C’est enrichissant d’un côté, mais rebutant d’un autre en fait, et beaucoup de projets amateurs sont noyés dans l’oeuf pour cette raison. Le plus important pour un bon démarrage c’est de se fixer des objectifs simples et à court terme : un niveau de jeu, un personnage animé... Se montrer trop ambitieux conduit souvent à un mur, on ne s’improvise chef de projet d’un MMO. Par ailleurs il y a une satisfaction à terminer un petit projet qui incite à continuer et à se fixer des buts plus importants. Donc du travail d’une part, de la modération de l’autre, c’est ça pour moi la clé d’un bon démarrage.


Pour en savoir plus : 

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