mercredi 21 novembre 2012

Nausea - Ecrivain




_ Peux-tu te présenter brièvement ?

  L'indicible Nausea, maître-artisan de la facture des songes. Chevalier du néant et auteur de blasphèmes, j'use comme épée de ma plume éthérée, laquelle m'octroie le don de concevoir rêves et cauchemars. Je suis cette phobie littéraire tapie au plus profond de chacun, dévorant les chairs et s'abreuvant d'émotions.
De ma forme humaine, vous ne saurez rien - mais quel intérêt y aurait-il à cela ? Me connaître telle une chose nauséeuse est amplement suffisante. Oh, détail important néanmoins : prononcez "Na-ous-éa", sinon je lâche le léviathan sur vous !
Malgré les airs froids et sérieux qui peuvent paraître sur moi, précisons juste que cela n'est qu'une facette de la démence dont je suis l'infant. Toutefois, pour les questions suivantes, j'essaierai d'adopter un style plus normal... Mais passons ! Je pense avoir dépassé les limites de l'adverbe"brièvement".

_ Tu 'classes' ton roman dans un genre inédit : la fantaisie noire historique : peux-tu nous donner des précisions ?

  Le but de ce classement est bien sûr de différencier Fatalis du reste - oui, exactement comme les petits rebelles qui refusent ardemment l'étiquette, vous voyez ? Quant au genre en lui-même, je vais tenter de le décrire avec le plus d'efficacité possible.

Pour cela, nous allons décomposer le mot à l'envers :

Prenons donc tout d'abord le terme "historique". L'intrigue se déroule dans une période de l'Histoire qui m'est très bien connue : notre XIIIe siècle. Étant médiéviste, j'aborde cette époque en évitant tous les clichés qui pullulent à son sujet... J'essaie de décrire la vie d'alors avec le plus de précisions, sans trop en faire, le but n'étant pas, bien sûr, d'écrire une thèse pour un cours. Par la même, je voudrais aussi briser certains mythes, par exemple l'hygiène (non, les gens n'étaient pas sales au Moyen Âge, pas plus que les combats étaient brutaux !). En outre, la structure et la syntaxe du texte sont puisées des auteurs médiévaux. Le récit est écrit dans une langue qui mélange le moyen-français et le français contemporain, le but étant d'immerger le lecteur dans un autre temps. On peut aussi trouver tout un tas d'anecdotes, de mots et d'expressions d'alors. Bref, le roman correspond à une locution latine que j'ai oubliée : se distraire en apprenant !

Ensuite, l'adjectif "noire". C'est une traduction de "dark fantasy". Je trouvais ça juste dommage d'utiliser un anglicisme quand on a une langue aussi belle et riche que le français. Quant à sa définition, eh bien il résume l'aspect sombre de l'intrigue.
L'horreur est tapie dans l'ombre, prête à bondir. Une atmosphère lourde et angoissante pèse constamment. La mort semble prête à faucher à tout instant. Les personnages principaux sont des antihéros. Contrairement à bien des œuvres où ils sont les élus de machin ou de bidule, ils ne sont ici que les victimes d'une odieuse fatalité.
Enfin, le nom "fantaisie". Il n'y a pas grand-chose à en dire : quoique le récit soit rédigé d'une façon assez pragmatique et le plus réaliste possible, on ne peut que remarquer la présence de fantastique. La magie et les esprits "existent"... Je mets ça entre parenthèses, car il revient au lecteur de découvrir toute la trame qui se cache derrière ce fantastique. Cependant, il est utile de noter qu'il est loin d'être omniprésent. Au contraire, il est même plutôt rare ! Cela permet de renforcer le doute. L'histoire évolue entre rêve et réalité. Le lecteur doit s'y perdre.
Mais dès qu'un évènement surnaturel se produit, soyez sûrs qu'il est le plus souvent d'une ampleur titanesque...
Voilà comment je définirais cette fantaisie noire historique... Je suis peu à l'aise avec les résumés. J'invite évidemment le lecteur à se rendre sur le site officiel où j'en ai fait un bien plus complet et agréable !


_ Quand as-tu commencé à écrire ? Qu'est-ce qui t'en a donné l'envie ?

  Depuis tout petit je suis plongé dans la littérature. Âgé de quelques années, je me souviens que je prenais souvent une feuille sur laquelle j'écrivais des petits textes - notamment un qui parlait d'un chat qui se faisait humilier par une souris... enfin on s'en fiche de ça ! J'ai toujours aimé les histoires et le fait même d'en raconter. Je préférais écrire plutôt que lire. En fait, la lecture m'était même ennuyeuse ! Il faut dire qu'on me limitait aux livres pour enfants que je trouvais relativement nazes...
Mais tout a changé à mes 9 ans, lorsque j'ai lu le Seigneur des Anneaux. Il y avait là une vraie histoire, très longue et passionnante. Je crois bien que c'est à Tolkien que je dois ma passion pour la lecture... Quelques années plus tard, ce fut au tour du Maître Howard Phillips Lovecraft d'entrer dans ma vie. "Et là, c'est le drame." Si je compte toute une multitude d'auteurs à mon panthéon, ces deux-là demeurent les plus importants. Mais revenons-en à la question de l'écriture...
Pendant longtemps j'avais cessé d'écrire. Plusieurs bouleversements m'ont incité à reprendre. J'écrivais quelques poèmes, dont j'ai assez honte aujourd'hui (vous savez, ces trucs indigestes que l'on écrit quand on est ado). Par besoin d'évacuer un certain stress, je me suis lancé dans un roman. C'était de la merde (non non, n'ayons pas peur des mots). Une intrigue à deux sous qui se passait dans un Enfer séparé entre quatre nations démoniaques, avec pour héros un mec qui s'appelait Arkoxt (ah ! souvenir infâme, va-t'en de ma tête !). M'enfin, on va éviter d'aborder ce sujet parce que ça sent le caca ! (Notez comme mon expression diffère au fil de l'interview, et comme j'aime employer des parenthèses.)
Bref ! Trois siècles pour en arriver à la conclusion... Vers mes 14-15 ans, j'ai eu les premières ébauches de Fatalis. C'était encore indistinct, juste quelques dessins qui s'accordaient bien et des lignes hasardeuses. Avec le temps, ça s'est épaissi jusqu'à ce que je donne son titre à ce qui était encore un futur roman. J'ai recommencé trois fois le textes sur une période de trois ans. Puis en mars 2012, alors que j'avais plus de 250 pages, en me relisant je me suis dit que ça puait le moisi... Alors j'ai tout effacé et je me suis lancé dans ce qui allait être la réécriture finale. Celle-ci n'avait plus rien à voir avec les précédentes versions. Et paf, ça fait des Chocapic ™. C'est celle que l'on peut lire aujourd'hui. Elle me semble
bien plus sérieuse, mature et puissante - en toute modestie.
Voilà donc comment Nausea a écrit en 75 lignes ce qu'il aurait pu dire en quelques mots... Merci Naousséaaaaa.

_ Quels sont tes genres de prédilection ?

Je pense pouvoir répondre le fantastique, l'historique et la science-fiction. À vrai dire, je ne suis pas attaché à ces genres en particulier, mais ce sont ceux que je croise le plus souvent dans mes lectures. Je m'intéresse un peu à tout, y compris à la "grande littérature française" (quoique ça fait très pompeux de dire ça). En parallèle, j'aime beaucoup la poésie et le théâtre.

_ Comment construis-tu tes écrits ?

Je commence toujours par rédiger une introduction très travaillée, car c'est de là que tout part. Le prologue de Fatalis est l'objet de bien des félicitations et je ne cache pas en être plutôt fier. Du reste, j'écris de façon assez chaotique, et à vrai dire je ne pense pas que ce soit un modèle à suivre ! Pour ma part ça me convient, c'est comme ça que je marche. Mais on ne peut pas vraiment qualifier ça de "construction"... C'est trop abstrait !

_ Lorsque tu écris, recherches-tu quelque chose de particulier ? Faire passer un message ou une idée ?
Je cherche avant tout à faire en sorte que le lecteur soit touché par ce qui est écrit, en bien ou en mal. Mais je développerai davantage ce point dans la question suivante, qui s'y prête davantage. Quant à faire passer un message, je pense que l'on a tous envie de le faire. De nos jours, c'est une notion assez abstraite... N'importe quel type venu de nulle part qui tape avec sa tête sur des seaux en fer peut se prétendre vouloir faire passer un message.
Ça ne veut plus rien dire ! Toutefois, j'essaie en effet de faire passer des idées.
Je ne dirai pas quelles informations je tente de faire passer, ça reste au lecteur de les trouver...

_ Privilégies-tu la forme ou l'émotion qui se dégage de ce que tu écris ? Pourquoi ?

La première chose que je recherche, c'est de faire ressentir des choses au lecteur. Si l'on regarde de près Fatalis, il y a de quoi servir toutes les émotions possibles. Joie, rire, tristesse, pleur, dégoût, colère, haine... Pour moi, un véritable artiste est celui qui est capable d'agir sur son public avec ce qu'il emploie, et c'est vrai dans tous les arts. En musique, il faut que les sons et les paroles soient capables de bouleverser, quoique le mot est assez fort. Au théâtre, le comédien doit être en mesure de devenir littéralement son personnage et de partager ses émotions avec les spectateurs. Dans le domaine de la littérature, l'écrivain doit être à même, via les mots, de faire tout cela. C'est là que réside toute la difficulté de faire de l'art... C'est pour ça, d'ailleurs, que le public est le seul juge. Personne ne sait s'il est un artiste, pas même moi. Il en revient aux lecteurs de le décider. Tout ça, c'est une histoire d'empathie.
D'ailleurs, on m'a souvent complimenté pour les descriptions des sentiments. Le fait est que je ne décris que des choses que j'ai moi-même ressenties, dans des situations pareilles ou que j'estime identiques.





_ Recherches-tu la même chose quand tu écris que lorsque tu lis ? Des ouvrages de références ?

Exactement la même, oui. Un récit doit me renverser, me faire pencher à gauche puis à droite. Il doit savoir me faire rire, pleurer ou me rebuter. Dans l'oeuvre lovecraftienne, par exemple, qui est basée sur la peur et la folie, je ne cache pas avoir déjà été effrayé, surtout lorsque j'ai lu La Couleur Tombée du Ciel - la scène où le fermier voit son meilleur ami se disloquer, dévoré par la couleur, est décrite avec une telle puissance, une telle force qu'il s'en dégage une horreur qui ne peut tenir que du génie...
À l'inverse, je me souviens avoir lu le premier tome d'une saga intitulée L'Âme du Temple, un livre "historique" qui raconte une énième version de l'histoire des Templiers. Beh ça, c'est de la merde. Tu vois, c'est le genre d'intrigues où il y a pas la moindre empathie de la part du lecteur parce que... ben parce que l'auteur est une grosse quiche, voilà tout ! Ça fait partie de ces histoires où tu te fous éperdument des héros. Il y a un passage où le personnage principal voit sa petite amie se faire violer et tuer... et bon, dans la réalité la scène serait sans doute horrible, mais là, t'as beau essayer, non, tu t'en tapes...



_ Quelles sont tes sources d'inspirations ? Quels sont les domaines qui influencent ce que tu écris ?

Absolument tout. Parfois, je me promène dans la rue et il se passe quelque chose de tout à fait banal, mais ça suffit pour que je me dise "Tiens, ça, si j'ajoutais ça, ce serait pas mal dans le texte...". Aussi, il m'arrive d'écouter de la musique et, lorsqu'elle est artistique (voir plus haut), elle peut m'inspirer pour écrire. Non, vraiment, tout peut m'influencer.

_ Comment as-tu décidé de faire éditer tes écrits ?

Je pense que quiconque se lance dans l'écriture espère être édité un jour - je ne suis pas l'exception. J'ai publié Fatalis sur plusieurs forums littéraires afin de récolter des avis... Ça n'a pas très bien marché, qu'on se le dise ! En deux ans, j'ai dû avoir une quinzaine de commentaires, sans plus. Mais à chaque fois, c'était très positif. Et puis il y a aussi eu ces éditeurs qui m'ont contacté par mail pour me proposer d'éventuels contrats. D'habitude, c'est l'auteur qui se tue à trouver une maison pour publier ses textes... Dans mon cas, ce sont les maisons qui viennent à moi, je trouve ça assez flatteur, d'un côté.
Cependant, j'ai choisi de leur répondre par la négative - ou, du moins, de réfléchir pendant un long moment. Je suis auto-édité, c'est-à-dire que je me charge de tout de A à Z. Avec le temps, je m'aperçois que ça vaut sans doute mieux que l'édition classique, car il y a dans l'auto-publication une liberté absolue qu'on ne peut certainement pas trouver ailleurs. Ainsi, j'ai pu décider moi-même de la couverture, des pages additionnelles, etc... Par contre il faut être motivé, car c'est infiniment plus dur. Réaliser la maquette du produit fini est très long. Et le pire, c'est la publicité... Aaah, diffuser un livre auto-édité est une épreuve presque insurmontable, c'est atroce ! Création de pages sur des réseaux sociaux, blog officiel, contact de journaux... J'ai même harcelé mes amis pour qu'ils partagent et, sur la cinquantaine de personnes à qui j'ai demandé, seule une dizaine a daigné le faire, alors même que ça ne coûte rien... Enfin bon, si tout était facile ce serait assez fade, je suppose.

_ Comment vis-tu la fin de l'écriture d'un texte ?

À la vérité, je ne connais pas encore ce sentiment. Fatalis était prévu, à l'origine, pour n'être qu'un seul livre et non pas une trilogie. Certes, à l'heure où je parle, j'ai déjà publié le premier tome, mais pour moi ce ne sera réellement fini que lorsque la saga sera achevée. Toutefois, il est assez excitant de sortir un ouvrage.

_ Des conseils pour ceux souhaitant se lancer ?

-Truc tout simple : faites plusieurs sauvegardes de vos documents, et souvent... Je ne compte pas le nombre de pages que j'ai perdu pour avoir fait quelque chose qu'il ne fallait pas !

-Prenez des risques. C'est le point essentiel pour faire preuve de qualité. Je sais que cela paraît effrayant, mais il ne faut pas avoir peur de réécrire un long passage, voire tout le récit. Des fois, je me dis que les cinq derniers chapitres ne sont finalement pas si bien que ça. La technique, c'est de les effacer et de cliquer sur "sauvegarder"... Une fois rendu, plus de retour arrière possible ! Et en général, ce que vous écrirez à la place sera bien meilleur.

-Fiez-vous à votre public. Écoutez réellement ses suggestions, même celles avec lesquelles vous n'êtes pas d'accord. Si l'on vous reproche souvent une chose avec laquelle vous n'êtes pas d'accord, voyez à trouver un arrangement. Remettez-vous en question. Vous n'êtes pas parfait. Vous dépendez des lecteurs. Si vous refusez de les entendre, alors jetez votre plume et faites autre chose. Bon, après, c'est sûr que certains commentaires sont faits par des cons... Mais dans ce cas, si vous en êtes bien sûr, contentez-vous de l'ignorer.

-Lisez et travaillez votre lecture. Quand vous vous attaquez à un livre, ne lisez pas que l'histoire. Lisez aussi la plume qui l'a écrite. Analysez la structure. Vous verrez alors ce qui fait qu'un auteur a du succès. Il ne faut pas lire que ce qu'il raconte, mais aussi la façon dont il le raconte.

-Achète mon livre et rends-moi riche, hahaha ! Ahem... Oh, d'ailleurs, ne songez pas à la richesse. Il est même possible que vous y perdiez plus que vous n'y gagniez. C'est l'jeu, ma pauv' Lucette !

Voilà tout. Je tiens à remercier l'auteure de ce blog pour cet entretien et à la féliciter pour son travail.



 N'hésitez pas à aller lire ce qu'il écrit : http://fatalis-legenda.eklablog.com/
Son facebook :  http://www.facebook.com/Fatalis.legenda





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